Acouphènes somatosensoriels : quelle place pour la thérapie manuelle?
Les acouphènes sont des sons perçus en l’absence d’une source sonore extérieure. Ils peuvent prendre différentes formes : sifflement, bourdonnement, tintement ou bruit plus grave, et leur intensité comme leur fréquence peuvent varier considérablement d’une personne à l’autre.
Les causes et les mécanismes des acouphènes sont multiples. Ils sont fréquemment associés au système auditif et à une perte auditive, mais chez certaines personnes, leur perception semble également être influencée par des informations provenant d’autres régions du corps.
On parle alors parfois d’acouphènes somatosensoriels.
Qu’est-ce qu’un acouphène somatosensoriel?
Le système auditif ne fonctionne pas complètement indépendamment des autres systèmes sensoriels. Des interactions existent notamment entre les voies auditives et les informations sensorielles provenant de la région cervicale et de la mâchoire.
Chez certaines personnes, l’intensité ou la tonalité de l’acouphène peut ainsi changer lors de mouvements du cou ou de la mâchoire, ou en présence de certains troubles musculosquelettiques de ces régions. Ces caractéristiques peuvent suggérer une composante somatosensorielle. PubMed
Cette modulation ne signifie toutefois pas automatiquement que le cou ou la mâchoire sont la cause de l’acouphène. L’évaluation doit tenir compte de l’ensemble de la situation.
Pourquoi faire évaluer un acouphène?
Un acouphène mérite d’abord une évaluation appropriée, particulièrement lorsqu’il est nouveau, persistant, présent d’un seul côté, associé à une diminution de l’audition ou à d’autres symptômes.
Une évaluation audiologique permet notamment de mesurer l’audition et de mieux caractériser l’acouphène. Selon la situation, une évaluation médicale ou en ORL peut également être indiquée.
Pour les acouphènes persistants et dérangeants, différentes stratégies peuvent être proposées selon la situation : information et accompagnement, appareils auditifs lorsqu’une perte auditive est présente, certaines formes de thérapie sonore et thérapie cognitivo-comportementale. aao-hnsfjournals.onlinelibrary.wiley.com
Et le cou et la mâchoire?
Lorsque l’histoire de la personne suggère une influence somatosensorielle, l’évaluation peut également s’intéresser à la région cervicale et à l’articulation temporomandibulaire.
Par exemple, on peut observer si certains mouvements du cou ou de la mâchoire modifient temporairement l’intensité ou la tonalité de l’acouphène et rechercher la présence de douleurs, de limitations de mouvement ou de troubles temporo-mandibulaires associés. PubMed
Ces observations peuvent aider à déterminer si une composante musculosquelettique mérite d’être explorée.
Quelle place pour la thérapie manuelle?
Chez certaines personnes présentant un acouphène somatosensoriel associé à des dysfonctions cervicales ou temporomandibulaires, une prise en charge musculosquelettique peut contribuer à réduire la sévérité ou l’intensité perçue de l’acouphène.
Les approches étudiées combinent généralement plusieurs éléments : éducation, exercices et techniques manuelles dirigées vers la région cervicale, la mâchoire ou les deux. Les données sont encourageantes pour certains sous-groupes de patients, mais elles ne permettent pas d’affirmer que la thérapie manuelle constitue un traitement universel des acouphènes. PubMed
En ostéopathie, l’objectif est donc moins de chercher « la structure responsable de l’acouphène » que d’évaluer si certaines composantes musculosquelettiques semblent contribuer à sa modulation et si elles peuvent faire partie d’une prise en charge complémentaire.
Une approche multidisciplinaire
Les acouphènes sont complexes et peuvent être influencés par plusieurs facteurs. Une approche multidisciplinaire peut donc être pertinente et faire intervenir, selon la situation, médecin, ORL, audiologiste, dentiste, physiothérapeute ou autre professionnel de la santé. PubMed
La thérapie manuelle ne remplace pas l’évaluation auditive ou médicale. Elle peut toutefois représenter une piste complémentaire lorsqu’une composante cervicale ou temporo-mandibulaire est suspectée.
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